21

Plantation Penumbra

— Vous etes certain, Vincent ? Absolument certain ?

D’Agosta hocha la tete.

— Je suis meme alle compulser les registres de l’hotel local, le Houma House. Apres avoir examine les collections de la plantation Oakley, votre femme a pris une chambre, sous son vrai nom, cette fois. Ils auront sans doute demande a voir une piece d’identite, surtout si elle reglait en liquide. Je ne vois pas pourquoi elle aurait passe la nuit la-bas, a moins d’avoir l’intention d’y retourner le lendemain pour subtiliser les oiseaux.

Il tendit une feuille a Pendergast.

— Voici la photocopie du registre de la plantation Oakley.

Pendergast jeta un coup d’oeil au document.

— Il s’agit bien de l’ecriture de ma femme, laissa-t-il tomber en reposant la feuille. Etes-vous certain de la date du vol ?

— Le 23 septembre, ou juste apres.

— C’est-a-dire approximativement six mois apres mon mariage avec Helene.

Un silence gene s’abattit sur le salon du premier etage. D’Agosta detourna le regard, enregistrant successivement la peau de zebre sur le sol, les trophees accroches aux murs, la haute vitrine dans laquelle reposait le fusil d’Helene.

Maurice passa la tete par la porte.

— Encore du the, messieurs ?

D’Agosta secoua la tete. Il trouvait le domestique deconcertant, avec son comportement de mere poule.

— Je vous remercie, Maurice. Tout va bien pour l’instant, repondit Pendergast.

— Tres bien, monsieur.

— Et vous, questionna D’Agosta, qu’avez-vous trouve ?

Pendergast croisa les mains avec une infinie lenteur et les posa sur ses genoux.

— Je me suis rendu au Grand Hotel Bayou, qui accueillait autrefois l’hopital Meuse St. Claire, ou Audubon a peint le Cadre noir. J’ai appris que ma femme s’etait rendue sur place afin d’en savoir davantage sur ce tableau. Un inconnu patibulaire, collectionneur ou marchand, s’etait egalement enquis de cette meme toile un an avant Helene.

— D’autres personnes s’interessaient donc au Cadre noir.

— Et meme de pres, semble-t-il. Je suis parvenu a mettre la main sur quelques documents interessants dans les sous-sols de l’hopital.

Pendergast tendit la main vers une serviette en cuir et sortit une pochette plastique contenant une feuille jaunie par le temps dont la partie inferieure avait ete mangee par la moisissure.

— Ceci est le resultat d’un rapport du docteur Anne Torgensson, le medecin d’Audubon lors de son sejour a l’hopital. On y trouve notamment le passage suivant :

L’etat du malade s’est grandement ameliore, tant du point de vue de son equilibre physique que de celui de son etat mental. Il se deplace normalement a present et amuse les autres malades a qui il raconte ses aventures dans les territoires vierges du continent. La semaine derniere, il a commande des huiles, un cadre et une toile afin de realiser une oeuvre. Et quelle oeuvre ! La vigueur des coups de pinceau, le choix des couleurs, tout ici est remarquable. On y voit un tres etrange…

Pendergast rangea la pochette plastique dans la serviette.

— Comme vous pouvez le constater, la partie la plus importante manque, c’est-a-dire la description de l’oeuvre. Impossible donc d’en connaitre la nature.

D’Agosta but une gorgee de the en regrettant de ne pas avoir une bonne Bud a la place.

— Personnellement, ca me parait evident. Le tableau representait une conure de Caroline.

— Je vous ecoute, Vincent.

— Ca expliquerait le vol des deux oiseaux empailles a la plantation Oakley. C’etait le seul moyen de retrouver, ou plutot d’identifier le tableau.

— Votre logique manque de rigueur. Pourquoi avoir vole ces oiseaux ? Les observer aurait amplement suffi.

— Pas si quelqu’un d’autre est sur la meme piste que vous, se defendit D’Agosta. Votre femme n’etait pas la seule a s’interesser au tableau. Dans une course au tresor de ce genre, le moindre avantage par rapport a l’adversaire peut se reveler payant. Ce meme adversaire qui aura probablement ass…

Il s’arreta juste a temps.

— Ce tableau nous fournit sans doute ce qui nous manquait, declara l’inspecteur, avant d’ajouter dans un murmure :

— Le mobile.

Un silence pesant retomba sur la piece.

— Inutile de bruler les etapes, reprit Pendergast en tirant de la serviette les lambeaux d’un autre document. J’ai egalement retrouve cet extrait du rapport redige par le medecin d’Audubon a sa sortie de l’hopital. Un court fragment, malheureusement :

… a quitte l’etablissement le 14 novembre 1821. Au moment de son depart, il a offert un tableau, tout juste acheve, au docteur Torgensson, directeur de l’hopital Meuse St. Clair, en remerciement de ses bons soins. Plusieurs medecins et patients ont assiste au depart, au cours duquel ont ete echanges des adieux tres…

Pendergast remisa la feuille dans le porte-documents qu’il referma pour de bon.

— Vous avez une idee de l’endroit ou pourrait se trouver ce satane tableau ? l’interrogea D’Agosta.

— Le medecin d’Audubon s’est par la suite retire dans sa maison de Royal Street, qui constituera ma prochaine etape. Nous disposons d’un autre element interessant. Si vous vous souvenez, le frere d’Helene nous a appris qu’elle s’etait rendue a New Madrid, dans le Missouri.

— Oui.

— New Madrid a ete l’epicentre d’un tremblement de terre de grande ampleur en 1812. Plus de 8 sur l’echelle de Richter, La geographie de toute la region s’en est trouvee bouleversee, des lacs sont apparus, le cours du Mississippi a meme ete modifie. La moitie de la ville a ete detruite, mais ce n’est pas tout.

— Quoi d’autre ?

— John James Audubon se trouvait a New Madrid lorsque le tremblement de terre a eu lieu.

D’Agosta se carra dans son fauteuil.

— Et alors ?

Pendergast ecarta les mains.

— Simple coincidence ? Peut-etre.

— J’ai essaye d’en savoir plus sur Audubon, mais je n’ai jamais ete doue pour les recherches. Vous pourriez m’en dire un peu plus sur lui ?

— Beaucoup plus, meme. Un rapide expose vous eclairera.

Pendergast prit le temps de rassembler ses pensees.

— Audubon etait le fils illegitime d’un capitaine de vaisseau francais et de sa maitresse. Ne en Haiti, il a ete eleve en France par sa maratre avant de gagner l’Amerique a l’age de dix-huit ans afin d’echapper a l’enrolement dans les armees de Napoleon. Il a tout d’abord vecu pres de Philadelphie ou il s’est interesse a l’etude et au dessin des oiseaux avant d’epouser une jeune fille du cru, Lucy Bakewell. Les Audubon se sont ensuite installes dans les territoires vierges du Kentucky ou il a monte un commerce, tout en consacrant le plus clair de son temps a collectionner des oiseaux qu’il dissequait et empaillait. Accessoirement, il en executait des croquis et des peintures, mais ses oeuvres de jeunesse revelent un artiste malhabile et peu inspire. Les nombreuses esquisses de cette epoque montrent des volatiles aussi inanimes que leurs modeles empailles.

Audubon etait un homme d’affaires mediocre et, lorsque son commerce a fait faillite en 1820, il a emmenage avec les siens dans un vieux cottage creole de Dauphine Street, a La Nouvelle-Orleans, ou la famille Audubon peinait a joindre les deux bouts.

— Le cottage de Dauphine Street, murmura D’Agosta. C’est donc comme ca qu’il a rencontre vos ancetres ?

— Exactement. Audubon etait un jeune homme aussi charmant qu’entreprenant, fine lame, excellent tireur, et joli garcon par-dessus le marche. Il s’est lie d’amitie avec mon arriere-arriere-grand-pere Boethius, en compagnie de qui il allait souvent a la chasse. Au debut de l’annee 1821, Audubon est tombe gravement malade, si malade qu’il a fallu le conduire a l’hopital Meuse St. Clair en charrette, dans un etat comateux. La convalescence a ete longue et c’est au cours de cette periode qu’il a peint ce fameux Cadre noir dont nous ne savons rien.

A peine remis et sans le sou, Audubon a eu l’idee de se lancer dans une entreprise de grande ampleur : reproduire a taille reelle l’integralite de la faune aviaire americaine. Lucy nourrissant les siens grace a ses dons de preceptrice, Audubon s’est mis en route, arme d’un fusil, d’une boite de couleurs et de papier. Il a recrute un assistant et s’est embarque sur le Mississippi, realisant des centaines de portraits d’oiseaux d’un realisme saisissant, un travail que personne n’avait entrepris jusqu’alors.

Pendergast but une gorgee de the avant de poursuivre son recit.

— En 1826, il s’est rendu en Angleterre ou il a deniche un graveur capable de realiser des gravures sur cuivre de ses aquarelles avant de sillonner l’Europe et l’Amerique a la recherche de souscripteurs pour ce qui allait devenir Les Oiseaux d’Amerique. Malheureusement, il commencait a perdre l’esprit, de sorte que ses fils ont ete contraints de prendre le relais. Le malheureux a vu ses capacites mentales decliner de facon terrifiante et il a passe les dernieres annees de sa vie dans la folie avant de mourir a New York, a l’age de soixante-cinq ans.

D’Agosta emit un petit sifflement.

— Une histoire pour le moins interessante.

— Je ne vous le fais pas dire.

— Et personne n’a la moindre idee de ce qu’est devenu le Cadre noir ?

Pendergast fit non de la tete,

— Il s’agit du Graal des specialistes d’Audubon. Je compte me rendre demain dans l’ancienne demeure d’Anne Torgensson, situee a quelques kilometres de Port Allen, avec l’espoir de retrouver la piste du tableau.

— A partir des dates que vous avez citees, vous pensez toujours…

D’Agosta s’interrompit afin de choisir les mots justes, sachant a quel point le sujet etait sensible.

— Vous pensez toujours que l’interet de votre femme pour Audubon et le Cadre noir remonte a… a la periode qui a precede votre rencontre ?

Pendergast garda le silence.

— Si vous voulez vraiment que je vous aide, insista D’Agosta, vous ne pouvez pas continuer a vous fermer comme une huitre chaque fois que j’aborde une question qui fache.

Pendergast soupira.

— Vous avez entierement raison, Vincent. Il semble qu’Helene ait ete tres tot fascinee, voire obsedee, par Audubon. Ce desir de tout savoir de lui, de se rapprocher de son oeuvre, est en partie a l’origine de notre rencontre. Il semble qu’elle ait souhaite par-dessus tout retrouver le Cadre noir.

— Pourquoi vous l’avoir cache ?

— Il me semble…, tenta Pendergast d’une voix rauque avant de s’interrompre. Il me semble qu’elle aura voulu eviter de m’avouer que notre rencontre n’etait pas liee a un heureux hasard, mais a une manoeuvre de sa part, imaginee avec un certain cynisme.

D’Agosta regretta presque d’avoir pose la question en voyant l’air sombre de son compagnon.

— Si elle entendait mettre la main sur le Cadre noir avant quelqu’un d’autre, suggera-t-il, elle aura tres bien pu se sentir menacee. Son comportement a-t-il change au cours des semaines qui ont precede sa mort ? Etait-elle nerveuse, ou alors plus agitee que d’habitude ?

— Oui, conceda Pendergast d’une voix lente. J’ai toujours attribue cette agitation a son travail, a la preparation du safari.

Il secoua la tete, le front barre d’un pli.

Un leger toussotement resonna dans le dos de D’Agosta. Encore ce Maurice.

— J’aurais souhaite vous informer que je me retirais pour la nuit, s’eleva la voix du vieux serviteur. Puis-je encore vous etre utile ?

— Une seule question, Maurice, repliqua Pendergast. J’etais souvent absent pendant les semaines qui ont precede mon dernier voyage avec Helene.

— Vous vous trouviez a New York ou vous acheviez les preparatifs du safari, acquiesca Maurice.

— Ma femme aurait-elle dit, ou suggere, quoi que ce soit sortant de l’ordinaire pendant mon absence ? Un coup de telephone ou bien une lettre qui auraient pu la perturber, par exemple.

Le vieil homme plongea dans ses souvenirs,

— Non, monsieur. Mais il est vrai qu’elle semblait assez agitee, surtout apres ce voyage.

— Un voyage ? s’etonna Pendergast. Quel voyage ?

— Un matin, j’ai ete reveille par le bruit de sa voiture dans l’allee. Vous vous rappelez le raffut que faisait son auto, monsieur. Elle n’avait laisse aucune note et ne m’avait prevenu de rien. C’etait un dimanche matin aux environs de 7 heures. Elle est rentree deux jours plus tard sans souffler mot de son periple, mais j’ai garde le souvenir d’une personne differente. Un detail la perturbait, dont elle ne voulait pas parler.

— Je vois, dit Pendergast en echangeant un regard avec D’Agosta. Je vous remercie, Maurice.

— De rien, monsieur. Bonne nuit, conclut le vieux factotum en s’eloignant dans le couloir d’un pas silencieux.

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